
Dans le cadre de l’ESDEE 2023-2026, nous avons réalisé une analyse multicritère géospatiale de 554 lacs du Bas-Saint-Laurent pour identifier les emplacements stratégiques de stations de lavage d’embarcations — et ainsi mettre les bases pour freiner la propagation des espèces aquatiques envahissantes.
Le Bas-Saint-Laurent compte des centaines de lacs fréquentés par des plaisanciers, pêcheurs et villégiateurs. Chaque embarcation qui se déplace d’un plan d’eau à l’autre peut transporter des espèces aquatiques envahissantes — moule zébrée, myriophylle à épis, vivipares — capables de déséquilibrer irrémédiablement un écosystème.
Dans le cadre de l’Entente sectorielle de développement pour la lutte contre les espèces envahissantes (ESDEE 2023-2026), le CRDBSL a mandaté les quatre organismes de bassins versants de la région pour répondre à une question cruciale :
« Où placer des stations de lavage d’embarcations pour intercepter le maximum d’utilisateurs tout en optimisant les ressources disponibles ? »
Le défi était triple : produire une analyse de risque rigoureuse à l’échelle de 554 lacs, l’ancrer dans une cartographie géospatiale intelligible pour les décideurs, et valider les résultats par une concertation régionale — le tout en six mois.
Le comité professionnel avait envisagé une approche basée sur les paramètres physico-chimiques des lacs (pH, calcium, température). Après revue de littérature, nous avons recommandé de cibler les vecteurs humains de propagation.
Les données physico-chimiques sont fragmentaires et propres à chaque espèce. Les mouvements des plaisanciers entre les lacs constituent un indicateur universel, applicable à toutes les espèces — présentes et futures.
11 critères pondérés évalués pour chacun des 554 lacs — produisant un indice de risque d’introduction anthropogénique.
5 couches géospatiales intégrées dans QGIS : flux routier, bâtiments périlacustres, EAE, stations existantes, zones récréotouristiques.
42 participants à la rencontre régionale, suivie de 4 groupes focus avec les MRC et de consultations municipales individuelles.
Chaque critère a été sélectionné à partir d’études clés (Vander Zanden & Olden 2008, Tucker et al. 2020, De Ventura et al. 2016) et des connaissances terrain des quatre OBV.
Le taux de calcium a été exclu — trop fragmentaire à l’échelle régionale et inapplicable à une approche multi-espèces.
L’indice de risque a classé chacun des 554 lacs en cinq catégories.
| Niveau de risque | Lacs | Proportion |
|---|---|---|
| Très élevé (0,75 à 1+) | 60 | 10,9% |
| Élevé (0,60 à 0,75) | 162 | 29,5% |
| Moyen (0,50 à 0,60) | 141 | 25,6% |
| Faible (0,40 à 0,50) | 178 | 32,4% |
| Très faible (0 à 0,40) | 9 | 1,6% |
Aucune station sur les territoires fauniques structurés (Zec), pourtant fortement fréquentés et à haute valeur écologique.
Les axes routiers principaux (A-20, A-85, route 132) ne sont pas couverts — or ce sont les vecteurs majeurs d’introduction inter-régionale.
Les stations existantes sont concentrées aux lacs Témiscouata et Matapédia, laissant les axes Mitis-Matanie et Rimouski-Les Basques peu couverts.
Des traces d’ADNe de moule zébrée ont été détectées dans 8 lacs, dont plusieurs lacs de tête à fort potentiel de propagation naturelle vers l’aval.
Dont 11 automatisées — concentrées dans l’axe Témiscouata.
Projets confirmés par les municipalités, subventions à déposer ou en cours.
Proposées pour combler les besoins stratégiques du réseau régional.
Sites à haute fréquentation identifiés pour l’installation de guérites obligatoires.
Quatre groupes focus avec les MRC, suivis de consultations municipales individuelles, ont permis d’affiner les emplacements et de révéler les conditions réelles de faisabilité.
Vision globale, éviter les silos entre MRC
Uniformisation des pratiques et de la signalisation
Maximiser l’investissement, limiter les coûts individuels
Financement et coûts d’opération (33k$ à 58k$ par station)
Charge supplémentaire pour les municipalités sans lac
Adhésion politique et sensibilisation du public
Prioriser les intersections routières stratégiques pour intercepter les embarcations entre grands lacs et celles venant d’autres régions.
Zec Owen, Rimouski et Casault sont prioritaires — aucune station ne les couvre actuellement, malgré leur forte fréquentation.
Fonds régional commun, partage de ressources humaines, formation standardisée, cadre réglementaire harmonisé entre MRC.
Co-développer avec le CRE Estrie une approche analytique reproductible à l’échelle du Québec, et suivre le modèle MELCCFP basé sur les données cellulaires.
Une coordination provinciale est nécessaire pour harmoniser la réglementation et positionner le BSL comme modèle de gouvernance aquatique.
Le choix de l’approche analytique est aussi important que les données. L’angle anthropogénique permet une analyse universelle, applicable à toutes les espèces — présentes et futures.
La cartographie qualitative complète l’analyse quantitative. L’indice de risque seul ne suffit pas — chaque lac doit être contextualisé dans son réseau routier et sa gouvernance locale.
La concertation révèle les angles morts. Des emplacements géospatiallement optimaux peuvent se heurter à des réalités locales — les cartographier, c’est aussi savoir où mobiliser.