Cartographier le risque pour protéger 554 lacs au Bas-Saint-Laurent

Carte d'analyse de risque des lacs du Bas-Saint-Laurent avec localisation des stations de lavage par données géospatiales

Dans le cadre de l’ESDEE 2023-2026, nous avons réalisé une analyse multicritère géospatiale de 554 lacs du Bas-Saint-Laurent pour identifier les emplacements stratégiques de stations de lavage d’embarcations — et ainsi mettre les bases pour freiner la propagation des espèces aquatiques envahissantes.

Client
CRDBSL / ESDEE 2023-2026
Partenaires
OBVMR, OBAKIR, OBVFSJ, OBVNEBSL
Livraison
Novembre 2024
Durée
6 mois
554
Lacs analysés
11
Critères pondérés
45
Stations cartographiées
6 mois
Délai de réalisation
Le défi
Des espèces invisibles, des conséquences bien réelles

Le Bas-Saint-Laurent compte des centaines de lacs fréquentés par des plaisanciers, pêcheurs et villégiateurs. Chaque embarcation qui se déplace d’un plan d’eau à l’autre peut transporter des espèces aquatiques envahissantes — moule zébrée, myriophylle à épis, vivipares — capables de déséquilibrer irrémédiablement un écosystème.

Dans le cadre de l’Entente sectorielle de développement pour la lutte contre les espèces envahissantes (ESDEE 2023-2026), le CRDBSL a mandaté les quatre organismes de bassins versants de la région pour répondre à une question cruciale :

« Où placer des stations de lavage d’embarcations pour intercepter le maximum d’utilisateurs tout en optimisant les ressources disponibles ? »

Le défi était triple : produire une analyse de risque rigoureuse à l’échelle de 554 lacs, l’ancrer dans une cartographie géospatiale intelligible pour les décideurs, et valider les résultats par une concertation régionale — le tout en six mois.

Notre approche
Anthropogénique plutôt que physico-chimique

Le comité professionnel avait envisagé une approche basée sur les paramètres physico-chimiques des lacs (pH, calcium, température). Après revue de littérature, nous avons recommandé de cibler les vecteurs humains de propagation.

Pourquoi ce choix ?

Les données physico-chimiques sont fragmentaires et propres à chaque espèce. Les mouvements des plaisanciers entre les lacs constituent un indicateur universel, applicable à toutes les espèces — présentes et futures.

01
Analyse multicritère

11 critères pondérés évalués pour chacun des 554 lacs — produisant un indice de risque d’introduction anthropogénique.

02
Cartographie qualitative

5 couches géospatiales intégrées dans QGIS : flux routier, bâtiments périlacustres, EAE, stations existantes, zones récréotouristiques.

03
Concertation régionale

42 participants à la rencontre régionale, suivie de 4 groupes focus avec les MRC et de consultations municipales individuelles.

Les critères
Un système de pondération ancré dans la science

Chaque critère a été sélectionné à partir d’études clés (Vander Zanden & Olden 2008, Tucker et al. 2020, De Ventura et al. 2016) et des connaissances terrain des quatre OBV.

15%
Accès public / mise à l’eau
Facilite l’arrivée d’un plus grand nombre d’usagers avec embarcations.
15%
Fréquentation par embarcations
Lacs très fréquentés = risque de propagation plus élevé.
10%
Station de lavage au lac
Présence ou absence d’infrastructure existante de nettoyage.
10%
Activités récréotouristiques
Camping, bases de plein air, etc. augmentent les risques.
10%
Pôle de pêche important
Les zones de pêche intensive nécessitent un contrôle renforcé.
10%
Présence d’EAE
Espèces déjà détectées dans le plan d’eau (faune ou flore).
7.5%
Lac de tête
Position en amont = potentiel de dispersion naturelle vers l’aval.
7.5%
Villégiature périlacustre
Forte interaction humaine dans un rayon de 300 m autour du lac.
5%
Location d’embarcations
La location multi-lacs augmente significativement le risque de transport d’EAE.
Critère non retenu

Le taux de calcium a été exclu — trop fragmentaire à l’échelle régionale et inapplicable à une approche multi-espèces.

Les résultats
Distribution du risque sur le territoire

L’indice de risque a classé chacun des 554 lacs en cinq catégories.

Niveau de risque Lacs Proportion
Très élevé (0,75 à 1+) 60 10,9%
Élevé (0,60 à 0,75) 162 29,5%
Moyen (0,50 à 0,60) 141 25,6%
Faible (0,40 à 0,50) 178 32,4%
Très faible (0 à 0,40) 9 1,6%
Observations clés

Aucune station sur les territoires fauniques structurés (Zec), pourtant fortement fréquentés et à haute valeur écologique.

Les axes routiers principaux (A-20, A-85, route 132) ne sont pas couverts — or ce sont les vecteurs majeurs d’introduction inter-régionale.

Les stations existantes sont concentrées aux lacs Témiscouata et Matapédia, laissant les axes Mitis-Matanie et Rimouski-Les Basques peu couverts.

Des traces d’ADNe de moule zébrée ont été détectées dans 8 lacs, dont plusieurs lacs de tête à fort potentiel de propagation naturelle vers l’aval.

En opération
18

Dont 11 automatisées — concentrées dans l’axe Témiscouata.

En attente de financement
15

Projets confirmés par les municipalités, subventions à déposer ou en cours.

Nouvelles stations identifiées
11

Proposées pour combler les besoins stratégiques du réseau régional.

Débarcadères pour guérites
21

Sites à haute fréquentation identifiés pour l’installation de guérites obligatoires.

La concertation
Quand la carte rencontre la réalité du terrain

Quatre groupes focus avec les MRC, suivis de consultations municipales individuelles, ont permis d’affiner les emplacements et de révéler les conditions réelles de faisabilité.

Motivations citées

Vision globale, éviter les silos entre MRC

Uniformisation des pratiques et de la signalisation

Maximiser l’investissement, limiter les coûts individuels

Principaux freins

Financement et coûts d’opération (33k$ à 58k$ par station)

Charge supplémentaire pour les municipalités sans lac

Adhésion politique et sensibilisation du public

Les recommandations
Cinq leviers pour un réseau durable
01
Stations fixes sur les axes prioritaires

Prioriser les intersections routières stratégiques pour intercepter les embarcations entre grands lacs et celles venant d’autres régions.

02
Stations mobiles dans les Zec

Zec Owen, Rimouski et Casault sont prioritaires — aucune station ne les couvre actuellement, malgré leur forte fréquentation.

03
Mesures systémiques contre les freins

Fonds régional commun, partage de ressources humaines, formation standardisée, cadre réglementaire harmonisé entre MRC.

04
Valider et affiner les modèles

Co-développer avec le CRE Estrie une approche analytique reproductible à l’échelle du Québec, et suivre le modèle MELCCFP basé sur les données cellulaires.

05
Élever la problématique à l’échelle provinciale

Une coordination provinciale est nécessaire pour harmoniser la réglementation et positionner le BSL comme modèle de gouvernance aquatique.

Ce que ce projet démontre
La géomatique comme outil de décision collective
1

Le choix de l’approche analytique est aussi important que les données. L’angle anthropogénique permet une analyse universelle, applicable à toutes les espèces — présentes et futures.

2

La cartographie qualitative complète l’analyse quantitative. L’indice de risque seul ne suffit pas — chaque lac doit être contextualisé dans son réseau routier et sa gouvernance locale.

3

La concertation révèle les angles morts. Des emplacements géospatiallement optimaux peuvent se heurter à des réalités locales — les cartographier, c’est aussi savoir où mobiliser.

Un projet en tête?
Discutons ensemble.

L’intelligence géospatiale au service des décisions critiques.